Conservation*
N.B. Les notices de ce site font l’objet d’une révision, parallèle au projet de réédition du Dictionnaire du Linceul de Turin de Daniel Raffard de Brienne (1997).
Les titres des notices révisées sont suivies d’un astérisque.
Châsses, reliquaires et autres contenants
DES ORIGINES À L’INCENDIE DE 1997*
Au cours de ses pérégrinations, le Linceul, aujourd’hui à Turin, a été conservé dans des contenants divers que l’on n’identifie qu’à partir du XVIe siècle, étant réduit à des hypothèses pour les précédents.
Certaines taches d’eau suggèrent que, dans les premiers siècles, le Linceul pourrait avoir été plié en accordéon et placé en position presque verticale dans une jarre, comme les manuscrits de Qumran. À Édesse, il pourrait avoir été enfermé, plié en 8, dans un reliquaire comportant sur le dessus, comme il est accoutumé, une reproduction de la relique (le mandylion ?) recouverte d’un treillage d’or encadrant le visage ; c’est ce reliquaire qui arriverait en 944 à Constantinople. Ensuite de Constantinople à Lirey, on ne sait rien. À Lirey, si l’on se réfère au méreau du musée de Cluny, le Linceul serait conservé dans une châsse montrant un tombeau vide surmonté d’une couronne d’épines d’où sort une croix ; autour, les instruments de la Passion ; de chaque côté les écus des Charny et des Vergy. En 1418, lorsque le Linceul est remis à l’époux de Marguerite de Charny, il est dit conservé dans un coffre portant les armes de Charny. À Chambéry, un inventaire de 1483 explique que le « Saint Suaire » est contenu dans une caisse recouverte de velours cramoisi et garnie de clous d’argent doré.
Les reliquaires suivants sont connus :
– Celui qu’offre en 1509 Marguerite d’Autriche, veuve de Philibert le Beau et gouvernante des Pays-Bas espagnols, est un chef-d’œuvre d’orfèvrerie flamande, en argent massif, avec des ornements en or, réalisé par Liévin van Lathem et d’une valeur de plus de 12 000 écus d’or ; il est placé dans une niche ménagée dans le mur de l’abside de la Sainte-Chapelle de Chambéry et protégé par une grille ; le Linceul y est plié en 32 épaisseurs. C’est là que le surprend l’incendie de 1532.
– En 1578, le Linceul voyage de Chambéry à Turin dans un petit coffret en bois qui se trouve aujourd’hui au musée du Suaire.
– À Turin en 1587, le Linceul est déposé dans un édicule porté par 4 colonnes à l’entrée du chœur de la cathédrale ; il est enroulé autour d’un cylindre en bois et placé dans une somptueuse châsse, aujourd’hui au musée du Suaire à Turin, de 150 x 38 x 38 cm, en argent, émaux et pierres précieuses ; chacune des faces latérales est une plaque d’argent, entourée d’émaux multicolores, sur laquelle est figuré l’un des instruments de la Passion. En 1694, la châsse est placée au-dessus de l’autel monumental de Bertola au centre de la rotonde de la chapelle Guarini. En 1993 la châsse est incluse dans un « sarcophage » en verre blindé renforcé aux jointures par des barres de fer et placé entre deux écrans de verre, le tout étant installé derrière le maître-autel, en raison de travaux dans la chapelle : c’est là qu’est le Linceul lors de l’incendie de 1997.
APRÈS 1997*
Après l’incendie de 1997, le Linceul est déplacé à la curie archiépiscopale, dans un emplacement tenu secret pour éviter tout attentat. Le souci de la préservation du Linceul va l’emporter sur la beauté de l’art sacré : de nouvelles conditions de conservation sont mises en place, faisant suite à des mesures préconisées en 1996 par une commission d’experts nommée par le cardinal Saldarini ainsi qu’à l’incendie qui faillit être fatal à la « relique ».
Désormais le Linceul n’est plus conservé dans la chapelle Guarini mais dans la chapelle du transept gauche de la cathédrale Saint-Jean-Baptiste de Turin, sous la tribune royale, parce que cet espace est suffisamment grand pour abriter un nouveau reliquaire qui permet une conservation du tissu entièrement déplié et à l’horizontale.
Deux modèles de châsses se succèdent.
– Une « vitrine basculante », dite « coffret Bodino » est inaugurée en 1998 : il s’agit d’un parallélépipède, de 464 x 138 x 28,2 cm, en verre feuilleté pare-balles, placé sur un chariot métallique, équipé de roues et de bras de levage permettant une rotation de la position horizontale (le Linceul y repose à l’intérieur, à plat) à la position verticale pour une ostension.
-Puis en 2000 un nouveau « coffre » lui-même inséré dans une sorte de « sarcophage » est inauguré. Le Linceul est posé à l’intérieur du coffre, à plat, dans une sorte de « tiroir » peu profond qui peut être facilement retiré. Le coffre est hermétique, spécialement construit dans un alliage métallique léger utilisé en aéronautique, et couvert d’une verre feuilleté pare-balles ; le sarcophage présente une structure multicouche qui garantit une résistance mécanique et une protection contre le feu. L’atmosphère intérieure est dépourvue d’air et composée d’un gaz inerte, l’argon, qu’une installation permet de renouveler. Température, pression, humidité sont aussi surveillées en permanence. Un drap ivoire recouvre le tout : il est brodé en son centre d’une croix d’or sur fond rouge et sur la partie inférieure de la phrase Tuam sindonem veneramur Domine, et Tuam recolimus Passionem « Nous vénérons Votre suaire Seigneur, et nous rappelons Votre Passion ».
Lors des ostensions de 2010 et 2015, le tiroir est extrait du coffre pour être placé dans la vitrine basculante de 1998. Aujourd’hui ce procédé n’est plus envisageable compte tenu des déformations qu’une présentation à la verticale engendre depuis le retrait de la doublure en toile de Hollande.
